header photo

Beach Boys . fr

... in our room ...

he is Brian Wilson

Couverture Livre I Am Brian Wilson C’est un curieux livre ! Alors que l’on pouvait attendre une autobiographie classique, à la manière de celle de Mike* récemment ou de la première de Brian en 1991**, c’est davantage à une série de conversations que l’on a affaire ici centrées autour de quelques thèmes qui, par association d’idées, finissent par embrasser une grande partie de la vie de Brian.
C’est parfois confus, tant Brian avoue régulièrement ne pas se souvenir précisément des événements, répétitif (un même sujet peut revenir plusieurs fois sous des angles différents : ainsi de SMiLE ou de Landy), voire ennuyeux parfois (quand Brian s’épanche sur sa passion pour les jeux télé et les retransmissions sportives, détaille sa visite au couple Bush dans les années 2000). Mais l’honnêteté avec laquelle il évoque ses problèmes personnels et notamment sa maladie mentale est souvent étonnante ainsi que l’humilité du personnage, toujours surpris qu’on le reconnaisse. Ainsi, quand il croise une femme qui lui dit qu’il ressemble beaucoup à Brian Wilson, il acquiesce mais ne le lui confirme pas : « I didn’t want to tell her it was me. It seemed too egostical » (page 166). Cette humilité est, d’ailleurs, inscrite dès le titre avec son i minuscule dont une explication est donnée à propos de SMiLE : « It was partly about forgetting the ego, which is the reason all the letters are capitalized except for the lowercase i » (page 186).
Par ailleurs, Brian prend soin régulièrement de rectifier quelques clichés : ainsi, il explique d’où vient sa surdité qui n’a rien à voir avec des coups que lui aurait donnés son père : « a kid hit me in the head with a lead pipe » (page 138). L’image qu’il donne de celui qu’il appelle parfois ironiquement "The Great Murry Wilson" est d’ailleurs modérée : s’il évoque ses mauvais traitements, il reconnaît que, sans lui, les Beach Boys n’auraient pas existé : « he was the main force behind the early years of the band. He brought us from the garage to the Pendletones to the Beach Boys » (page 144).
Autre légende: son effondrement après SMiLE : « The story has been told so often about me completely bailing out from the Beach Boys after I junked SMiLE and just cutting out to my room, but no way is that true at all. It’s total bullshit » (page 204). Il réévalue donc largement son rôle dans les albums Smiley Smile, Wild Honey ou Friends. Il confirme, par contre, son inaction dans les années 70 avant l’arrivée de Landy, personnage qui occupe de nombreuses pages. On peut d’ailleurs lire ici à peu près le scénario du film Love & Mercy : les scènes avec Landy sont identiques, depuis l’achat de la Cadillac jusqu’au concert des Moody Blues, en passant par le personnage de Gloria. Confirmation, s’il en était besoin, d’un scénario qui s’est écrit avec Brian et Mélinda. Le rôle de cette dernière dans l’action en justice lancée contre Landy est, par exemple, largement souligné.
Mais les pages les plus étonnantes sont donc celles que Brian consacre à sa maladie mentale, tant leur clarté et leur honnêteté sont saisissantes. Le sujet est abordé dès le début du livre et loin de le minimiser, Brian, lucidement, dresse le constat suivant : « My story is a music story and a family story and a love story, but it’s a story of mental illness, too » (page 4). Par la suite, le sujet est évoqué régulièrement, notamment à propos des voix qu’il entend depuis les années soixante et dont l’origine serait sa consommation de LSD (page 191) mais qu’il a fini à peu près par apprivoiser, notamment grâce à Melinda.
Car ce livre, et c’est aussi sa plus grande faiblesse, nous conte une success story à l’américaine, à l’image du film Love & Mercy l’année dernière. Ainsi, les cinquante dernières pages sombrent parfois dans l’autosatisfaction (distinctions honorifiques, éloge des albums solo, pourtant souvent bien pauvres), ce qui contredit parfois l’effort d’humilité présent ailleurs. Remercions malgré tout ses proches, particulièrement Mélinda, car ce ne doit pas être si simple de vivre au quotidien auprès de Brian : les quelques pages (9 à 12) qui lui sont consacrées mettent mal à l’aise et l’on finit par se féliciter qu’il donne autant de concerts.

i am Brian Wilson, a memoir (with Ben Greenman) (Da Capo Press - 2016)
*Good Vibrations : My life as a Beach Boys (Faber & Faber, 2016)
**Wouldn’t It Be Nice : My Own Story (Harper & Collins - 1991)

La lente dérive de Brian Wilson : de Sweet Insanity à No Pier Pressure

Si le dernier album de Brian a une utilité, c’est sans doute de permettre de réévaluer son œuvre depuis une vingtaine d’années pour s’apercevoir que ce naufrage n’est que l’apogée d’un mouvement apparu depuis longtemps et qui, via Joe Thomas et les ex Wondermints, n’a fait que s’amplifier au fil des années.

Le fiasco Sweet Insanity et l’entrée en scène de Joe Thomas

Après son premier album (Brian Wilson en 1988), déjà controversé à cause de la présence du docteur Landy, la carrière discographique de Brian semble devoir s’achever. L’enregistrement de son second album, Sweet Insanity, débouche sur un fiasco. L’influence du docteur Landy devient insupportable1; et le relatif insuccès du premier album se conjuguent pour que Warner Bros refuse le second. Le principe de l’album rejeté est devenu chez les Beach Boys une constante depuis Sunflower (rappelons entre autres les nombreux albums restés dans les boîtes : Add Some Music, New Album, Adult / Child, sans oublier le deuxième album de Dennis Wilson, Bamboo). Finalement, Sweet Insanity ne sortira donc pas et fera le bonheur des bootleggers sous de multiples versions2; avant que certains titres réinterprétés ne trouvent une parution officielle en 2004 sur Gettin’ In Over My Head, mais nous y reviendrons. Débarrassé du docteur Landy, en froid avec les Beach Boys, les années 90 sont pour Brian des années d’errance : on le retrouve avec Van Dyke Parks comme simple vocaliste pour un album commun : Orange Crate Art (Warner, 1995) puis, sur une idée de Don Was, qui produit à l’époque les albums des Stones, I Just Wasn’t Made For These Times (MCA, 1995) dans lequel Brian accompagné d’un équipe réduite, parmi laquelle ses deux filles Carnie et Wendy, réinterprète quelques titres (l’album n’atteint pas les 30 minutes) de son répertoire3;. Ensuite, c’est l’arrivée de Joe Thomas, producteur de country music et de la série TV Soundstage. Le premier travail commun s’avère déjà catastrophique : Brian et les Boys survivants, de nouveau réunis, enregistrent quelques-uns de leurs tubes accompagnés de quelques stars de la country : cela donne Stars & Stripes, un album que les amateurs du groupe préfèrent oublier. Mais, allez savoir pourquoi ?, Brian semble suffisamment satisfait du résultat pour envisager avec Thomas l’enregistrement officiel d’un album : ce sera Imagination (Giant Records) en 1998. On a beaucoup critiqué ce disque, plus en raison de sa production, clinquante et sans surprise, alors qu’au fil du temps, on s’aperçoit que de nombreux titres de qualité supportent aisément les années : entre titres originaux (Imagination, South American, Lay Down Burden), reprises (Keep An Eye On Summer, Let Him Run Wild) et recyclages (She Says That She Needs Me et Happy Days qui réutilise un titre officieux des années 70, My Solution), on a plaisir à entendre chanter Brian (ce n’est pas encore l’ère de l’auto tune). L’album est dédié à Carl Wilson qui vient de décéder. Il n’y aura pas de suite, du moins en studio, avant de nombreuses années.

Les Wondermints et SMiLE

Entre Imagination et Gettin’ In Over My Head, nouvel album studio en 2004, s’est produit un événement d’importance dans la vie de Brian : le retour sur scène. On sait qu’à partir de 1965, la présence sur scène de Brian avec les Boys est devenue très sporadique voire inexistante. Pourtant, à partir de la fin des années 90, il se produit en concert et enregistre notamment un double album, Live At The Roxy (Brimel Records, 2000) dans lequel apparaît le nom des Wondermints. Les Wondermints, c’est un groupe de jeunes talentueux, de Los Angeles, qui a sorti quelques albums confidentiels, et qui voue un culte sans réserve à Brian Wilson. Leur rôle dans l’évolution de la carrière de Brian est, dès lors, fondamental. Groupe de scène du maître puis rapidement partenaires, ils mettent un terme à leur carrière personnelle (qui s’en est véritablement aperçu ?) pour se consacrer à la musique de leur Dieu. L’objectif est, entre autres, de permettre à Brian d’achever SMiLE, album mythique resté dans les bacs depuis 1967 et dont on ne compte plus les versions officieuses, puisque, contrairement aux déclarations floues de Brian sur la perte des bandes, on sait aujourd’hui que tout fut à peu près conservé4. Mais SMiLE, c’est pour Brian un cauchemar, la cause de tous ses malheurs et de tous ses problèmes. Aussi n’aborde-t-il qu’avec circonspection et de forts doutes les rivages mortifères de cette œuvre. Le film réalisé par David Leaf à l’occasion de la sortie en 2004 de Brian Wilson Presents SMiLE est très explicite5 : on y voit notamment Brian fort perturbé (c’est un euphémisme) pendant les répétitions de l’album. Mais, avant de s’attaquer à SMiLE, les Wondermints ont l’idée de lui faire interpréter Pet Sounds, l’album qui, pour lui, est l’exact opposé : son sommet, son grand œuvre, plébiscité partout et par tous. Une série de concerts anglais donne lieu à l’enregistrement d’un album live : Brian Wilson Presents Pet Sounds (Brimel, 2002) dans lequel apparaît déjà ce que la suite ne fera que confirmer : interprétation hyper clean, très (trop) propre, à la note près, harmonies vocales sans âme (certes on y chante mieux que sur les albums des Boys, mais tout cela relève d’un académisme tellement plat qu’il en devient inaudible). Par ailleurs, en concert, Brian réinterprète plusieurs titres de SMiLE6. Tout semble donc prêt pour le grand choc : non seulement, l’enregistrement d’une version "complète" de SMiLE mais une tournée consacrée à l’album ! Ce sera l’année 2004 qui, pour beaucoup, reste une année bénie.

Gettin’ In Over My Head et la tournée SMiLE

2004 sera l’année de tous les espoirs avant d’être celle des désillusions. Tout commence par la parution de Gettin’ In Over My Head qui inaugure une pratique que No Pier Pressure poussera jusqu’à la caricature : fouiller les bacs des titres jamais publiés officiellement, recycler des chutes et faire appel à des collaborations prestigieuses pour booster le tout. C’est dans les multiples enregistrements pour Sweet Insanity, et notamment les sessions avec Andy Paley, que l’on fait le tri. Ainsi, plusieurs titres prévus pour le deuxième album avorté connaissent ici leur première publication officielle : Make A Wish, Saturday Morning In The City, The Waltz (Let’s get Together), Rainbow Eyes, Gettin’ In Over My Head ; Soul Searchin’ a droit à un traitement particulier : enregistré originellement avec Carl7, Brian y ajoute sa voix pour un duo posthume avec son frère… C’est douteux, d’autant que cette version reste en-deça de la version "originale". Et puis, on fait intervenir sur trois titres des guest stars et le résultat s’avère médiocre. Si Elton John s’en tire plutôt bien avec How Could We Still be Dancin’, on n’en dira pas autant de Mc Cartney (A Friend Like You) ni de Clapton, chargé de booster City Blues (rescapé des fameuses Cocaine Sessions du début des années 80) : son solo tape-à-l’œil semble totalement hors-sujet. Brian y est accompagné de son groupe de scène, transformé définitivement en groupe officiel. Et puis SMiLE : la conviction de Darian Sahanaja, ex Mints, s’est avérée payante : Brian a accepté d’achever l’album avec Van Dyke Parks et de l’enregistrer. A l’arrivée, un constat similaire à celui fait pour Pet Sounds : Brian Wilson Presents SMiLE est bien trop propre et académique pour tenir la distance avec les enregistrements d’époque. Mais 2004, c’est aussi la tournée SMiLE, le Graal des fans ! Brian a emmené son album maudit sur les routes du monde entier et l’émotion ressentie par tous ceux qui ont vu et entendu le groupe entamer Our Prayer reste intacte. On oubliait pendant le concert tout ce que l’album officiel avait pu révéler, tant la tension était forte. Malheureusement, par la suite, on s’est aperçu que cet album restait sagement rangé dans la discothèque et que l’on préférait sortir un bootleg quand on voulait écouter SMiLE. A l’époque, pourtant, tous les espoirs sont permis : Brian a retrouvé le goût de la scène, a un groupe soudé autour de lui : tout devient possible.

Les années thématiques : Noël, Gershwin, Disney

Et pourtant, comme souvent dans la carrière solo de Brian, rien ne se passe comme prévu. Certes, il tourne, fait beaucoup de concerts par an, mais les enregistrements studio restent rares. Il faut attendre 2005 pour que sorte un nouvel album, consacré à Noël. Entretemps, il a recyclé un vieux titre issu de Sweet Insanity, The Spirit Of Rock and Roll8 , pour l’attrape-couillon Songs From Here And Back (Hallmark, 2006), paru sous le nom des Beach Boys°° . Mais revenons-en à ce goût pour les albums thématiques qu’inaugure donc What I Really Want For Christmas (Arista, 2005) ; deux autres suivront : Reimagines Gershwin et In The Key Of Disney (Disney Records, 2010 et 2011). On sait depuis longtemps que Brian voue un culte à Gershwin, qu’il adore les chansons des films de Disney et que la pratique de l’album de Noël est, aux Etats-Unis, une institution (les Boys l’avaient fait en 64 et ont voulu le refaire en 1977) : même Dylan s’y est mis sans trop que l’on sache vraiment de quoi il s’agit9. Sauf qu’à trop en faire, cela révèle aussi un manque d’inspiration, un manque d’idées neuves, d’autant que contrairement à ce que proclame le titre de l’album consacré à Gershwin, Brian et ses collaborateurs ne réimaginent pas beaucoup mais se contentent très souvent d’interpréter au mieux les titres retenus (par comparaison, l’album de Herbie Hancock, Gershwin’s World10 , apparaît comme une réelle réinterprétation). Avec le recul, on ne retient pas grand-chose de tout cela : personnellement, rien de l’album de Noël, I Loves You Porgy dans le deuxième et Colors Of The Wind chez Disney : celui-ci est une vraie réussite et une réinterprétation magistrale du médiocre titre de Pocahontas.

De That Lucky Old Sun à No Pier Pressure

Entre l’album de Noël et Gershwin paraît en 2008 un album original, fait de compositions nouvelles (à l’exception de Can’t Wait Too Long), intitulé That Lucky Old Sun (Capitol, 2008). On a rappelé Van Dyke Parks et c’est Scott Bennett qui a arrangé et co-écrit le tout. L’album est décliné en plusieurs versions (cd simple, double, vinyle et dvd : ce sont les nouvelles lois du marketing, destinées sans doute à contrer le téléchargement illégal et qui conduisent le fan de base à acheter plusieurs fois le même disque…). On a aimé beaucoup puis moins. Cela finissait par trop ressembler à un magasin d’antiquités wilsoniennes où l’on pouvait retrouver à chaque coin du disque les souvenirs des grandes heures du maître. Cela mettait en valeur ce qui était en germe depuis des années : la captation par ceux que l’on peut appeler ses disciples (les ex Wondermints et consorts) de l’héritage wilsonien. En fait, tout avait commencé très tôt : on a beaucoup critiqué Joe Thomas qui a certes une responsabilité lourde depuis longtemps (Imagination) mais on n'a jamais vraiment évalué le rôle des jeunes collaborateurs de Wilson (les Darian Sahanaja, Paul Mertens, Scott Bennett et Probyn Gregory, brillants instrumentistes mais piètres compositeurs : qui écoute les albums des Wondermints ?) dans cette dérive. Brian a toujours eu besoin d'être épaulé (Tony Asher, Van Dyke Parks, Gary Usher dans les années 80, Andy Paley, mais ils avaient tous une "vision", comme on dit aujourd'hui, et étaient capables d'orienter la musique de Brian en lui faisant donner le meilleur d'elle-même ; je n’ose prononcer le nom du docteur Landy mais ce n’était pas si mauvais à son époque) ; et quand il ne l’était pas, la concurrence d’autres artistes faisaient le reste (Phil Spector, les Beatles). Qu’en est-il aujourd’hui ? Brian est entouré d’une cour de thuriféraires qui connaît par cœur son œuvre, à la note près, et qui doit se pâmer à la première idée qui sort du cerveau du Maître en jurant que c'est absolument génial, sans aucun esprit critique. Plus personne n'est capable d'émettre une critique, une remarque, de l'obliger à se surpasser, à dépasser les clichés complaisants dont l’œuvre est désormais remplie (mais en ont-ils seulement envie ?). Ils le conduisent à occuper le marché avec des disques bricolés à partir de rien ou de pas grand-chose (les albums thématiques). Tout cela éclate aujourd’hui avec No Pier Pressure mais cet album, aussi mauvais soit-il et il l’est !, ne fait que révéler au grand jour ce lent processus de décomposition à l’œuvre depuis près de vingt ans. Que trouve-t-on en effet dans ce dernier album ? Des chutes (à l’évidence, de nombreux titres viennent de sessions d’albums antérieurs), des collaborations sans intérêt, le recyclage caricatural des gimmicks wilsoniens.

La carrière de Brian semble donc bien derrière lui. Reste à souhaiter que le naufrage s’achève et que la cour renonce à lui faire publier sous son nom des albums pour lesquels son implication est certainement minime et qui finiront par nuire définitivement à sa réputation. Pour Brian, l’album de trop est déjà dans les bacs… et depuis longtemps.

1. Lire à ce propos le livre de Stephen J. Mc Parland, The Wilson Project (Berlot, 2013) basé sur les journaux audio de Gary Usher, enregistrés au cours des années 80.
2. Rappelons entre autres : Sweet Insanity et Come Back, Brian chez Vigotone, Sweet Insanity (Millenium Edition !!) chez Hal, Slightly American Music (Bri, 1999) ou Rarities vol 15 (Dumb Angel).
3. L’album est ressorti en vinyle chez Universal Music en 2012 dans une version bien supérieure au CD original.
4. La sortie officielle en 2011 du coffret Smile Sessions a mis définitivement un terme à ces rumeurs.
5. Beautiful Dreamer (dans Brian Wilson Presents SMiLE, 2004).
6. Voir le webzine In My Room n°1.
7. On trouve la version « originale » notamment sur Slighlty American Music.
8. Version originale avec Bob Dylan sur le bootleg Rarities vol 15 (parmi d’autres).
9. Christmas In The Heart (Columbia, 2009).
10. Verve, 1998.

Wouldn't It Be Nice

Livre Wouldn't It Be Nice Voilà un livre souvent évoqué, mais que peu ont lu probablement, et ce pour deux raisons. Il en existe deux éditions : la première, grand format, publiée en 1991 (l’édition originale donc, apparemment réimprimée en 1993) et la seconde, publiée en poche en 1996 (celle que je me suis procurée), sont difficiles à trouver en France, sauf par Internet (même si l’édition poche est très facile à avoir via Amazon). Il ne s’agit donc pas d’un best-seller ayant dû être réimprimé une dizaine de fois en vingt ans. Cela peut paraître tout à fait étrange pour un texte, portant pourtant le nom du génie Brian Wilson.
La deuxième raison est que ledit ouvrage, présenté comme une autobiographie de Brian, semble d’une authenticité plus que douteuse. Comme de nombreuses biographies de stars (ou ouvrages publiés sous des noms de personnes connues), des « teinturiers » font leur œuvre. Ici, nous avons affaire à Todd Gold, journaliste qui eut des entretiens avec Brian. Jusqu’ici, rien de surprenant… contrairement au contexte de publication de l’ouvrage.
Le livre fut publié pour la première fois en 1991, édité par Brains and Genius, la société fondée par Brian Wilson et… Eugene Landy. Oui, le fameux thérapeute qui avait pris en charge Brian Wilson au milieu des années 70 et qui fut rappelé au début des années 80. A l’époque de la publication de Wouldn’t It Be Nice : My Own Story, un procès avait lieu entre Eugene Landy et la famille Wilson. Carl fut le principal meneur contre Landy, de même que l’ex-femme de Brian, Marilyn. Cela explique pourquoi les seuls Boys remerciés sont Al Jardine et Bruce Johnston (en plus de David Marks)… mais aussi pourquoi Carl et Marilyn (accusés d’avoir eu une liaison ensemble !) sont particulièrement éreintés. Voilà donc un terrible règlement de comptes.
Cette « autobiographie » de Brian Wilson semble être une sorte de baroud d’honneur pour Landy, soucieux de conserver le contrôle sur Wilson. D’ailleurs, au début de l’année 1992, il lui fut défendu d’approcher du génie dont il s’était approprié la direction de la vie quotidienne, ainsi qu’une énorme part des revenus… Ce livre devait révéler tout ce qu’avait fait Landy pour Brian et toute la reconnaissance de ce dernier vis-à-vis du psychiatre controversé. Or, au procès, Brian dit n’avoir pas écrit le livre, pas même relu le manuscrit.
Des interviews menées par Todd Gold (certainement cornaquées par Landy, sinon elles n’auraient pas été menées, si nous nous référons au précédent de l’enregistrement du premier album solo de Brian Wilson), ainsi que les entretiens médicaux entre Wilson et Landy (pour les parties les plus « trash ») servirent à la composition de l’ouvrage, qui souligne à quel point l’Icare de la pop music est manipulable dans ses opinions. Ceux qui sont sensibles au principe de confidentialité médicale doivent rebrousser chemin… mais après tout, l’album Love you n’est-il pas un témoignage sonore de la thérapie Landy en 1976-1977 ?
A titre de comparaison, on aurait pu avoir un livre du même tonneau si on avait publié une soi-disant autobiographie de John Lennon à partir de ses entretiens avec le Dr Janov et de son interview pleine de mauvaise foi parue dans le magazine Rolling Stone en 1970 (dans laquelle il s’attaqua à tout le monde, y compris George Martin, qui en fut profondément meurtri).
Finalement, quel intérêt pourrait-on accorder à pareil ouvrage ? C’est ce que nous essaierons de découvrir en décortiquant ce livre, en essayant d’établir ce qui pourrait être retenu et ce qu’il faut en penser.

Que faut-il retenir ?

Le premier chapitre, intitulé « Fired ! » (« Viré ! »), présente la situation de Brian Wilson en 1982. Le dernier album des Boys en date était Keepin’ The Summer Alive. Brian était une épave. Séparé de Landy qui l’avait remis sur pied, il ne fit que sombrer encore plus gravement dans la drogue. La description d’une réunion des Boys dans laquelle il fut viré donne une idée des « méchants de l’histoire » : Mike Love (étonnant, non ?) et Carl Wilson. Mais ce chapitre narre aussi la solution proposée : le retour de Landy, mis à l’écart par les mêmes (et Marilyn), qui, du coup, incarne une sorte de retour de l’homme providentiel.
Ce premier chapitre est d’emblée gênant, et le renvoi de Brian n’est pas le pire. Nous entrons dans son intimité décadente, quand il vivait avec une junkie noire (la couleur de peau a son importance ici pour suggérer un climat raciste chez les Boys, écho à l’antisémitisme du père Wilson, Murry) du nom de Carolyn Williams. Ce qu’on retient de cette relation à la lecture du livre est qu’on y voit tout, sauf de l’amour. On voit de l’engraissage de génie brisé obèse, d’approvisionnement en drogues et de fellations en guise de rapport intime (et faits sur commande, si l’on en croit le bouquin). Le deuxième chapitre « Money For Drugs » (« De l’argent pour acheter de la drogue ») est le prolongement du premier. Avec les vivres coupés (suspension du paiement de ses royalties), Brian devait retourner chez Landy pour retrouver un semblant de normalité.
Après cette longue introduction qui convaincrait n’importe qui que Landy a fait du bon boulot (c’est plus le profit autour de ce boulot qui fait polémique, finalement), on aborde enfin les choses sérieuses avec le troisième chapitre, « The Glass Eye » (« L’œil de verre »). Le personnage central est l’horrible mais nécessaire Murry Wilson, père des trois frères Wilson. Tyrannique, borgne à cause d’un accident (il enleva un jour son œil de verre pour le montrer à Brian, ce qui le traumatisa), il est présenté comme un personnage frustré, violent et même fou (il aurait été nu debout sur la table à manger de sa famille pour se présenter comme un Tarzan chef de famille). Murry, compositeur occasionnel, aurait voulu du succès. Il aida ses fils et était jaloux de son fils Brian, qu’il traitait de « perdant » constamment. Ce qui est raconté relève clairement de la confidence psychiatrique. C’est voyeuriste, mais finalement, on a tous lu le chapitre pour savoir. Disons qu’il nous permet de comprendre comment on en est arrivé là, du moins en partie. La tyrannie paternelle (qui provoqua aussi l’alcoolisme de la mère Wilson) donne trois clés : l’enfermement de Brian (qui ne se sentait en sécurité que dans sa chambre… In his room…), la violence écorchée de Dennis et la physionomie rondouillarde de Carl. Murry voulut s’immiscer dans le processus créatif de Brian… en virant par exemple Gary Usher, qui avait été un des premiers partenaires d’écriture de Brian (le serpent se mord la queue ici, car Usher fut également poussé vers la sortie en 1987 par… Eugene Landy !). Du coup, on est tous avec Brian quand on lit l’échange musclé avec son père lors des sessions d’I Get Around. C’est fou comment un air aussi dynamique, heureux, léger, tourbillonnant, ait été enregistré dans un tel climat ! [Allez, on doit quand même à Murry Breakaway…]
Ces pages pré-Boys montrent également à quel point Brian était maladroit avec les femmes, et la lecture de ses rapports avec les sœurs Rovell est assez consternante, voulant avoir les trois sœurs, y compris la mineure Barbara. Mais son grand amour semblait être Diane, qui eut droit à sa chanson sur le MIU Album. Mais Marilyn inspira quand même Brian, du moins, on le déduit. Quand est évoquée la Little Honda de Marilyn, j’ai tout de suite pensé à la superbe chanson de l’album All Summer Long. On doit concéder une qualité à l’ouvrage : à sa lecture, notre jukebox cérébral se déclenche.

Les chapitres les plus intéressants

Les chapitres 15 à 21 sont les plus intéressants du point de vue du musicien. Il s’agit de la période 1965-1968. Et c’est là qu’on fronce les sourcils, et qu’on se dit que Brian ne peut avoir écrit ça, à moins d’avoir perdu un peu la mémoire au fil de ses années terribles (mais après tout, Ringo Starr dit bien n’avoir pas joué sur la version single de Love me do, alors que c’était bel et bien le cas !). La partie consacrée à Smile est problématique. Voici un extrait qui le montre :
"A ce moment-là, j’avais fini, ou presque fini, un certain nombre de chansons (…) : Good Vibrations, Do You Dig Worms ?, Wind Chimes, Cabin Essence, Wonderful, I’m In Great Shape, Child Is The Father Of The Man, Fire, Love To Say Da Da, The Old Master Painter, You’re Welcome, I Ran and Prayer. Aussi étaient en construction Heroes And Villains, Holidays, et I Don’t Know. Il y avait un certain nombre d’autres titres également, certains développés, d’autres ne durant qu’une brève minute, incluant George Fell, Barnyard, Look, She’s Goin’ Bald, I Wanna Be Around, My Only Sunshine et Been Away Too Long."
Là, c’est la grande confusion. Pas de doute : Todd Gold a dû regarder le tracklisting d’un des nombreux bootlegs de Smile ayant émergé durant les années 80… On nous parle de Do You Dig Worms ? alors qu’on lit clairement Do You Like Worms ? sur les photos des boîtes des bandes des sessions de l’album, sans compter le fameux tracklisting manuscrit. I Love To Say Da Da date de l’extrême-fin des sessions, et nul ne sait si le titre devait réellement atterrir sur Smile ou pas (le Water Chant aurait-il été à l’origine un Baby Chant ?). You’re Welcome, face B du single Heroes And Villains n’était pas prévu pour l’album, en apparence (personnellement, je l’aurais bien vu comme un élément de Heroes And Villains). I Ran et Look sont présentés comme des titres différents… Or, il semble qu’il s’agit du même titre… Un comble ! Mais on a mieux. Le titre I Don’t Know est un titre… de Dennis Wilson ! Bonjour l’exactitude ! George Fell In A French Horn est un interlude, qui n’est disponible que dans le merveilleux coffret des Smile Sessions (pourquoi diable n’avoir pas inclus ces interludes dans la reconstitution de l’album ?), mais de là à parler d’un morceau à part entière, il y a un pas que je ne franchirai pas. She’s Goin’ Bald s’appelait He Gives Speeches à l’époque ; l’intitulé est anachronique, mais ce n’est peut-être qu’un détail. Je mettrais aussi au défi toute personne qui serait capable de me dire que The Old Master Painter est plus abouti que You Are My Sunshine ! Encore plus surprenant, la mention de Been Away Too Long. Il s’agit de Can’t Wait Too Long, titre enregistré à partir de la fin de l’année 1967, soit après les sessions de Smile ! Des bootlegs de Smile avaient référencé la basse finale comme un extrait des sessions de Heroes And Villains. Le chapitre sur Smile est l’un de ceux qui m’a le plus déçu. L’évocation de Fire, si mystérieuse quand on ne connaît pas les Smile Sessions (en double ou quintuple CD), déçoit également. On nous explique qu’il y a deux minutes qui ont survécu, et qu’elles sont planquées, quasiment comme si on emprisonnait un monstre qui se réveillerait au contact de l’air frais… Si seulement deux minutes ont survécu, comment s’est-on retrouvé avec une session d’enregistrement de plus de huit minutes ? Pas de doute, le chapitre sur Smile n’a pas été fait avec l’aide de Brian Wilson, sauf peut-être pour les détails paranoïaques. Il a été fait par quelqu’un doté des mêmes connaissances que tout fan des Boys dans les années 80. Au moins, on a droit à une explication des paroles de Surf’s Up ! [et c’est là qu’on voit la contribution de Van Dyke Parks, remercié dans le livre]

Musicalement, on ne trouvera pas de grandes révélations. En fait, on est en terrain connu, avec le cousin Mike Love et son attachement à la « formula », sans compter le souci de conserver Brian Wilson dans l’escarcelle des Boys, puisque c’était « la poule aux œufs d’or ». On peut accorder le plus grand crédit à l’anecdote sur l’enregistrement avec les Redwood. Danny Hutton apporta son témoignage, repris par Domenic Priore, qui a écrit les travaux les plus rigoureux sur Smile. Seulement, au bout du compte, on a l’impression qu’il y avait beaucoup plus d’obstacles que prévu. Comparez les remarques sur Marilyn Wilson quant aux projets fantasques qui bouleversèrent (ruinèrent) sa vie à la maison (piano dans le bac à sable, studio d’enregistrement dans le salon) avec le témoignage de l’intéressée dans le joli livre du coffret 5 CD des Smile Sessions. De l’eau a coulé entre les ponts depuis, certes, mais le décalage paraît énorme, et on peut se demander si le souvenir-diatribe n’est pas dû ici à l’influence de Landy.

Autre surprise : le peu de cas que fait Brian de ses compositions entre 1968 et 1970. A croire presque qu’il les nie… C’est surtout une preuve du détachement qu’il avait à l’époque pour son œuvre (qui lui échappait des mains du fait de la vente frauduleuse de ses droits sur ses chansons par son père Murry) et au fait qu’il n’était vraiment pas en phase avec les Boys (les pages sur le Maharishi sont excellentes, surtout quand Brian lui parla de hamburgers… il faudrait creuser le thème de la nourriture chez Brian). Sur Friends, seules Passing By et Busy Doin’ Nothing lui sont attribuées, alors qu’il a co-écrit nombre de chansons sur ledit album (notamment Meant For You reprise d’ailleurs par Brian pour Don Was en 1995, la chanson-titre, Wake The World et Be Here In The Morning, pour ne citer qu’elles). Paradoxalement, I Went To Sleep, créditée Carl et Brian Wilson, est considérée comme la seule chanson « solo » nouvelle sur 20/20. Même problème pour Sunflower avec This Whole World, seule chanson créditée uniquement « Brian Wilson ». Cool Cool Water lui est attribuée, mais pas les autres titres. C’est assez étrange.
Les pages sur l’épisode Surf’s Up sont par contre intéressantes. On découvre un Brian qui se voit déposséder de son œuvre originelle, voyant son groupe comme des chiens en pleine curée. Les pages sur Til I Die sont touchantes. Par contre, l’évocation du « détournement » de Surf’s Up par Rieley, présenté négativement et à l’insu de Brian, a une couleur fort différente quand on lit Jack Rieley, qui avait donné son témoignage sur le forum internationale Smileysmile.net. Il affirme avoir eu l’accord de Brian, sans se souvenir d’une difficulté dramatique comme celle narrée dans Wouldn’t It Be -Nice.

Le reste ...

Le reste du livre, une bonne grosse moitié, est moins intéressant. Il y a des passages passionnants, mais globalement, on s’ennuie. Les deux thérapies de Landy dominent et sont une véritable apologie de son travail, lui et Brian contre le reste du monde. Il apparaît comme un protecteur de Brian contre la brutalité des cousins Love (Mike et Stan, ce dernier le tabassant régulièrement). Mais pour le fan de musique, là n’est pas le plus intéressant. Ce qui m’a personnellement passionné sont la narration des sessions qui aboutirent au plus que médiocre 15 Big Ones et au très bon Love You en 1976-1977, ainsi que des sessions du premier album solo (1988). On assiste aux deux renaissances de Brian (il y en eut une troisième avec les Wondermints et on pourrait en établir une quatrième en 2012, même si cela pourrait prêter plus à débat, puisque Brian reste malgré tout « ailleurs »). Seulement, les collaborateurs de Brian pour le premier album solo sont présentés sous un jour moins favorable que ce qu’ils méritent. Landy avait trop peur de perdre le contrôle de Brian. Ce contrôle est particulièrement perceptible lors des sessions de l’album des Boys de 1985. Mike Love voulait que Landy quittât le studio, mais ce dernier interrogea Brian qui disait qu’il désirait qu’il ne partît pas. Or, on sent la manipulation. Éternel enfant, Brian fut manipulé comme tel.
En fait, il faut savoir lire entre les lignes et être averti. Toutefois, les critiques dithyrambiques figurant sur la couverture de l’édition de poche sont exagérées. Ce livre n’est pas un classique, pas un grand livre rock. C’est plus un livre à lire par curiosité. Partiellement franc car partiellement authentique, Wouldn’t It Be -Nice est avant tout un vestige de ce que Brian désigne lui-même comme « the Landy Years ».

C'est l'histoire d'un livre ...

C’est l’histoire d’un livre que personne - ou à peu près - n’a lu. La raison ? L’auteur ne l’aurait pas écrit. Ce n’est pas que Brian ne saurait pas écrire, mais il serait parfaitement incapable de porter un regard un tant soit peu sérieux et cohérent sur sa propre histoire. Et qui l’aurait écrit alors ? Le vilain docteur Eugene Landy. Regardons tout cela de plus près …
Brian n’a en effet pas écrit le livre. Comme bon nombre d’autobiographies de personnalités, celle-ci résulte de conversations que Brian a eues avec Todd Gold qui a, ensuite, écrit l’ouvrage. Ce dispositif est bien connu et remonte au moins à ... Marco Polo racontant sa vie à Rustichello de Pise. Au besoin, là où la mémoire de Brian a pu faire défaut, on a eu recours à d’autres témoignages, d’où l’impression parfois de relire ce que l’on sait déjà. C’est le cas en particulier pour les grands moments de la geste wilsonienne que l’on trouvera ici à leur place.

Le rôle de Landy

Le rôle de Landy : ces confessions ont été écrites au cours de la seconde thérapie de Brian (la plus longue et la plus controversée) et en font certainement partie. Il est, cependant, parfaitement vain d’accuser Landy d’avoir forcé Brian à noircir le tableau : seuls les Martiens, à vrai dire, pensent encore que la famille Wilson était heureuse et unie et les Beach Boys, un groupe de copains ! Que ceux qui croient, donc, que Murry Wilson était un bon père, Audrey Wilson une mère attentionnée et les deux frères, des soutiens indéfectibles de l’aîné passent leur chemin ! Ce livre n’est, en effet, pas pour eux. Mais, ils auront déjàfait l’impasse sur les autres biographies qui ne disent pas autre chose.... De même, ceux qui pensent que Mike Love est un artiste désintéressé, qui n’a jamais cherché à tirer un profit uniquement mercantile des dons de son cousin et ne l’a jamais manipulé ; mais, eux aussi auront au passage « oublié » le récent procès, parmi d’autres, que le triste sire a intenté à Brian et qui vient lourdement confirmer ce que l’on lit dans ce livre... Il ne faudrait pas pour autant supposer que le livre n’est qu’un tissu de ragots – à la manière de celui de Steven Gaines - : des faits sordides, il y en a, mais il est souvent question de musique, de création et des difficultés de vivre quand on n’est pas de son époque ("I Just Wasn’t Made For These Times" nous confiait Brian en 1966 et ce livre le confirme amplement).
Là où l’accusation prend forme, par contre, c’est dans le plaidoyer pro domo que devient le livre à partir de l’année 1975, quand Brian entame sa première thérapie avec Landy et surtout, à partir de 1983, début de la seconde. Chaque ligne, ou presque, loue et encense le médecin miraculeux, mais pouvait-il en être autrement ? Brian est convaincu que Landy l’a sauvé et qu’il a enfin trouvé auprès de lui un appui qui lui a toujours manqué par ailleurs, tant dans sa famille – le père lui assénant jusqu’à plus soif le fameux : You’re a loser ! -, que dans son groupe. Même si les méthodes du docteur ont pu lui sembler trop dures, le fait est là et on peut difficilement lui donner tort sur ce point : lors de la seconde thérapie, en 1983, les médecins lui donnaient une espérance de vie n’excédant pas un an !En 1991, toutefois, les choses sont différentes : cette deuxième thérapie a tourné à l’escroquerie pure et simple. Brian n’est plus un patient qu’il faut soigner, c’est une vache à lait que Landy a à cœur de traire régulièrement. Sentant, à l’époque, que son rôle est de plus en plus suspect et contesté, Landy a certainement vu dans ces confessions l’occasion rêvée de se défendre et de maintenir sa pression. Les 150 dernières pages se contentent donc souvent de répéter la même chose jusqu’à l’écœurement.

Que retenir ?

Que retenir finalement du livre? D’abord, c’est une excellente biographie de Brian qui, une fois de plus, met l’accent sur l’inadaptation chronique du leader des Beach Boys à la vie sociale, mais aussi sur les aspects peu reluisants de ses partenaires : l’appât du gain, le racisme (l’épisode Carolyn Williams mériterait d’être plus amplement étudié – peut-être dans un prochain IMR ?), la jalousie. Ensuite, et même si Brian fut ici ou là « aidé », c’est une plongée vertigineuse dans son esprit. Enfin, ce livre procure une envie irrésistible de réécouter les disques de Brian, avec ou sans son groupe, ce qui est finalement l’essentiel.

Singles

Let's Go To Heaven In My Car (1987)
(US) Sire Reprise - 7-28350 (7")
(UE) Sire WEA - 928350-7 (7")
Let's Go To Heaven In My Car

  • Let's Go To Heaven In My Car
  • Too Much Sugar

Love And Mercy (1988)
(US) Sire Reprise - 7-27814 (7")
(UK/UE) Sire WEA :
W7814/927814-7 (7")
W7814CD/921 032-2 (cd 3')*
(UK) Sire WEA - W7814T/TW (maxi)* - [Poster avec la référence TW]
Love And Mercy

  • Love And Mercy
  • He Couldn't Get His Poor Old Body To Move
  • One For The Boys*

Night Time (1988)
(UE) Sire WEA - 927787-7 (7")
Night Time

  • Night Time
  • One For The Boys

Melt Away (1989)
(US) Sire Reprise - 7-27694 (7", sans pochette)
Melt Away

  • Melt Away
  • Being With The One You Love

Do It Again (1995)
(UE) MCA - MCD 33370 (cd)
Do It Again

  • Do It Again
  • 'Til I Die
  • This Song Wants To Sleep With You Tonight

Your Imagination (1998)
(US) Giant Warner :
7-17216 (7", sans pochette)
9 17216-2 (cd*)
(UE) Giant BMG - 74321547342 (cd*)
Your Imagination

  • Your Imagination
  • Your Imagination (a cappella)
  • Happy Days*

Wonderful (2004)
(UK) Must Destroy/Nonesuch :
MDA 001X (7" jaune)
MDA 001XX (7" vert)
MDA 001XXX (7" bleu)
Wonderful

  • Wonderful
  • Wind Chimes

Good Vibrations (2004)
(UE/UK) Nonesuch :
7559-78885-7/NS001 (7"○)
7559-78884-2/NS001 (cd●)
Good Vibrations

  • Good Vibrations○●
  • Our Prayer (Live)○
  • Good Vibrations (Live)○
  • In Blue Hawaï (Instrumental)●

Our Prayer (2005)
(UK) Nonesuch - NS002TE (10")
Vinyle transparent une seule face
Our Prayer

  • Our Prayer (Freeform Reform)

Walking Down The Path Of Life (2005)
(US) Oglio - 86960-2 (cd)
Walking Down

  • Walking Down The Path Of Life/Love & Mercy

What I Really Want For Christmas (2005)
(UE) Arista :
82876764807 (7")
82876764802 (cd)
Editions limitées & numérotées
What I Really Want For Christmas

  • What I Really Want For Christmas
  • We Wish you A Merry Christmas
  • Brian's Christmas Message

Midnight's Another Day (2008)
(US) Capitol - 509992 35994 75
(7" orange)
Existent 150 exemplaires en vinyle bleu autographés par Brian
Midnight's Another Day

  • Midnight's Another Day
  • That Lucky Old Sun
  • Morning Beat

Right Time (2015)
(UK) Capitol
Record Store Day, 18 avril 2015 - 1000 ex.
Right Time

  • Right Time
  • Sail Away

Albums

Brian Wilson (1988)

Brian Wilson

I Just Wasn't Made For These Times (1995)

I Just Wasn't Made For These Times

Orange Crate Art (1995)
with Van Dyke Parks

Orange Crate Art

Imagination (1998)

Imagination

Live At The Roxy (2000)

Live At The Roxy

Pet Sounds Live (2002)

Pet Sounds Live

Gettin' In Over My head (2004)

Gettin In Over My Head

Presents Smile (2004)

Presents Smile

What I Really Want For Christmas (2005)

What I Really Want For Christmas

That Lucky Old Sun (2008)

That Lucky Old Sun

Reimagines Gershwin (2010)

Reimagines Gershwin

In The Key Of Disney (2011)

In The Key Of Disney

No Pier Pressure (2015)

No Pier Pressure

And Friends (2016)

And Friends

Love & Mercy, le film

Affiche du film Love & Mercy

La mi-2015 voit la sortie un peu partout dans le monde du biopic tant attendu consacré à Brian Wilson, Love & Mercy. Sur un scénario signé Oren Moverman (déjà scénariste de I'm Not There de Todd Haynes, film consacré à Bob Dylan), le film est réalisé par Bill Pohlad. Il isole deux périodes bien distinctes de la vie de Brian. La première, les années 66/67, où le musicien est en pleine ascension musicale (l'album Pet Sounds) avant de perdre peu à peu la raison (l'épopée Smile). Brian y est interprété par Paul Dano. La seconde est centrée sur les années 80, où, entre les mains du Docteur Landy (Paul Giamatti), Brian (John Cusack) rencontre sa future femme Melinda (Elisabeth Banks) qui l'aide à s'en sortir. Une belle réussite saluée unanimement par la critique à travers le monde.
Voir la page consacrée au film