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... in our room ...

No Pier Pressure (2015)

Alors, ça y est finalement : le dernier Brian est sorti. Repoussée plusieurs fois, l’ "œuvre" finit par arriver dans les bacs. On connaît la chanson : depuis Sweet Insanity, c’est une pratique qui a fini par lasser et depuis Gettin’ In Over My Head, les "collaborations prestigieuses" ont fait douter. Ici, ce ne sont plus Elton Jones, Clapton et Mc Cartney qui s’y collent mais des artistes dans le vent (lequel ?), histoire de moderniser l’approche et d’espérer toucher un public américain qui ne connaît sans doute même pas le nom de celui qui signe l’album. Pourquoi pas ? Et j’oubliais David Marks et Alan Jardine pour la caution beachboyesque. En bref, tout était réuni pour nous donner un album fourre-tout, pris entre le passé prestigieux du maître et les exigences du présent. Et c’est malheureusement bien ce que l’on a à l’arrivée, tant il est difficile de trouver une unité dans un ensemble aussi disparate.

D’un côté, des titres destinés à rendre artificiellement Brian actuel et ce sont les plus pauvres de l’album : Runaway Dancer qui, comme son nom l’indique, est destinée aux discothèques (lesquelles ?) risque de produire le même effet que Smart Girls naguère. Ce qui choque le plus n’est pas la tentative désespérée de rendre Brian actuel que la difficulté que l’on a à reconnaître sa voix : trop de traficotages (encore l’auto-tune) débouchent sur le n’importe quoi ; Our Special Love (avec Peter Hollens) et Saturday Night (avec Nate Ruess) entrent dans la même catégorie : titres inutiles et ridicules qui ne peuvent que nuire à la réputation d’un Brian, apparemment dépassé par les exigences de son entourage.

De l’autre, les titres "beachboysiens", destinés sans doute au deuxième album des Beach Boys réconciliés : The Right Time, Sail Away, Tell Me Why, Whatever Happened (le meilleur des quatre) où Brian, accompagné d’Alan Jardine, David Marks ou Blondie Chaplin, joue à fond la carte d’une « formula » indigeste, recyclant au passage Sloop John B. (Sail Away). On a beaucoup critiqué Mike Love d’avoir voulu figer l’œuvre des Boys dans un passé éternel, mais Brian joue très exactement dans la même catégorie.

Plus intéressant est le reste, c’est-à-dire 6 titres (dans la version « normale ») qui, à des degrés divers, parviennent à retenir l’attention. On The Island et Guess You Had To Be There bénéficient de la présence de Zooey Deschanel et de Kacey Musgraves, bonnes chanteuses (bien meilleures en tous les cas que leurs homologues masculins) : titres agréables à écouter, malgré des chœurs parfois abominables ou des interventions solistes déplacées (le solo de guitare sur Guess). Et puis, quelques réussites (attention ! dans le contexte de l’album !) : Half Moon Bay, un instrumental qui, même s’il ne fera pas oublier Let’s Go Away For Awhile, ne manque pas d’intérêt, avec la participation de Mark Isham. One Kind Of Love qui démarre un peu comme God Only Knows (le cor) et Brian est le seul chanteur, fait suffisamment rare dans l’album pour le souligner.
Enfin, This Beautiful Day et The Last Song qui inaugurent et closent le disque, avec une nette impression de déjà entendu comme si ces deux titres pastichaient allègrement That Lucky Old Sun.

En fait, l’album est « calibré » pour plaire à tous les publics, les fans des Boys, ceux de Brian en solo comme la nouvelle cible que l’on cherche à conquérir. En ce sens, No Pier Pressure ressemble trop à une opération marketing pour être réellement honnête et pour emporter l’adhésion. Brian, et Joe Thomas et les ex Wondermints et Melinda, ont voulu jouer sur plusieurs tableaux à la fois et, comme souvent dans ces cas-là, risquent bien de ne satisfaire personne.

L’édition Deluxe présente cinq titres supplémentaires et ils sont, dans l’ensemble, bien meilleurs que d’autres retenus pour l’édition officielle : Don’t Worry, qui ne fera certes pas oublier son homonyme de 1964, est plaisant à écouter avec son côté seventies ; Something Quiet qu’on jurerait extrait de l’album consacré à Disney (le meilleur, à mon avis, des albums thématiques) avec Al Jardine ; I’m Feeling Sad, beau titre dont on ne comprend pas que d’autres lui aient été préférés ; enfin, deux perles : une version de Brian seul au piano en 1975 de In The Back Of My Mind, certes chaotique mais ô combien plus touchante que le reste de l’album et une version acoustique de Love & Mercy, déjà présente sur le cd-single Walking Down The Path of Life (Oglio Records - 2005). On aura compris que s’il faut acheter l’album, c’est cette version qu’il convient de privilégier.

Dans la presse française

Rock & Folk n°573, mai 2015 Chronique signée Basile Farkas
Télérama #3416, 1er juillet 2015 Chronique signée François Gorin (+ critique du film Love & Mercy)

Titres

  • This Beautiful Day
    (B. Wilson - J. Thomas)
  • Runaway Dancer
    (B. Wilson - J. Thomas - S. Simonian)
    feat. Sebu
  • Whatever Happened
    (B. Wilson - J. Thomas)
    feat. Al Jardine & David Marks
  • On The Island
    (B. Wilson - J. Thomas)
    feat. She & Him
  • Half Moon Bay
    (B. Wilson - J. Thomas)
    feat. Mark isham
  • Our Special Love
    (B. Wilson - J. Thomas)
    feat. Peter Hollens
  • The Right Time
    (B. Wilson - J. Thomas)
    feat. Al Jardine & David Marks
  • Guess You Had To Be There
    (B. Wilson - J. Thomas - A. Salgado - K. Musgraves)
    feat. Kacey Musgraves
  • Don't Worry
    (B. Wilson - J. Thomas)
  • Somewhere Quiet
    (B. Wilson - S. Bennett)
  • I'm Feeling Bad
    (B. Wilson - J. Thomas)
  • Tell Me Why
    (B. Wilson - J. Thomas)
    feat. Al Jardine
  • Sail Away
    (B. Wilson - J. Peterik - L. Millas - J. Thomas)
    feat. Blondie Chaplin & Al Jardine
  • One Kind Of Love
    (B. Wilson - S. Bennett)
  • Saturday Night
    (B. Wilson - J. Thomas - N. Ruess)
    feat. Nate Ruess
  • The Last Song
    (B. Wilson - J. Thomas)

Bonus Tracks :

  • In The Back Of My Mind*
    (B. Wilson - M. Love)
  • Love And Mercy*
    (B. Wilson)

Trois versions différentes ont été mises sur le marché, cd simple (13 titres), cd deluxe (18 titres) et double vinyle (16 titres).
* cd deluxe uniquement
Les titres 9, 10 et 11 ne figurent pas sur la version cd standard
La version vinyle comprend les titres 1 à 16

Produced by Brian Wilson & Joe Thomas

Editions originales
(US) Brimel Capitol - 07/04/2015 ❬cd❭
(UE) Brimel Capitol 0602547215239 - 07/04/2015 ❬cd❭
(UE) Brimel Capitol - 15/06/2015 ❬lp❭

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