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Imagination (1998)

Quand paraît Imagination en 1998, il y a dix ans que Brian n’a pas sorti un nouvel album original. Pris durant la première partie des années 90 dans les multiples essais pour son deuxième album, Sweet Insanity, qui ne sera finalement pas publié, il a ensuite plus ou moins erré au gré des circonstances et des propositions : ainsi, on le retrouve, en 1995, comme simple vocaliste sur l’album de Van Dyke Parks, Orange Crate Art, qui paraît pourtant sous leurs deux signatures, le rôle de Wilson ayant vraisemblablement dépassé celui du simple interprète1. Puis, à la demande du producteur Don Was, il entre en studio pour enregistrer en petit comité quelques-uns de ses titres favoris : ce sera l’album I Just Wasn’t Made for These Times2. Pour Imagination, la surprise vient donc d’abord d’une série de nouvelles compositions (8 sur 11), certainement écrites et enregistrées rapidement, dans une sorte de renaissance pour Wilson, l’optimisme de la plupart des titres étant éclairant à cet égard.

Peter Ames Carlin, dans son livre sur Brian3, a résumé les étapes qui ont conduit à cet album. Il y a d’abord la rencontre avec le producteur Joe Thomas qui a déjà travaillé avec Brian pour l’album des Beach Boys, Stars & Stripes, sur lequel je ne m’étendrais pas. Disons que l’idée d’associer les Boys avec des interprètes de country music n’est pas mauvaise en elle-même (ni spécialement bonne d’ailleurs) mais qu’elle a débouché sur un gros ratage (l’album prévoyait une suite qui n’est jamais parue). D’autre part, Brian a pensé trouver en Joe Thomas le producteur qui lui permettrait de faire un retour en force et, surtout, de passer à la radio. Car, l’idée principale de Brian est d’écrire des chansons qui passent à la radio4 ; la seconde est de faire avec Imagination ce que Today/Summer Days (and Summer Nights !) ont représenté pour les Beach Boys : retrouver cet état de grâce des années Capitol avant le grand naufrage. Avant d’aborder l’album, une remarque : Joe Thomas se trouve à peu près dans la même situation que les collaborateurs précédents de Brian (Gary Usher ou Andy Paley) : concrétiser l’objectif fixé par Brian, le mettre en forme, dans une certaine solitude car, travailler avec Brian n’est pas forcément très simple5 ; à cette différence près qu’il a lui aussi envie de percer sur ce marché en tant que producteur. Il se fixe donc un but : faire que l’album soit conforme au registre de ce que l’on nomme outre-Atlantique : adult contemporary radio. Cela ne va pas aller sans quelques aménagements : chaque fois que Brian proposera un instrument ou un arrangement qui ne rentre pas dans ce cadre, Thomas l’éliminera purement et simplement6. On comprend mieux, dès lors, que la sonorité d’ensemble de l’album ait pu gêner et pose problème, aujourd’hui encore, quand on l’écoute, d’autant que l’un des effets pervers de cet alignement sur le son « contemporain » est sa durée de consommation ultra courte. Aujourd’hui, l’impression d’ensemble à l’écoute de l’album est un son hyper daté.

Pourtant, au tout électronique de l’album de 1988, on a choisi une instrumentation plus acoustique : clarinette, flûte, violon, piano, saxophone, guitare, trompette ; de plus, certains titres sont parmi les meilleurs enregistrés par Brian. Alors, d’où vient l’impression désagréable que l’on a à l’écoute de l’album ? D’abord, que le challenge était impossible : refaire Summer Days en 1998 aurait nécessité un producteur d’une autre trempe que Joe Thomas et, justement, l’album souffre d’un calibrage excessif : l’homogénéité d’ensemble de la production aplatit les morceaux, tous traités de la même façon ; les arrangements sont donc interchangeables et créent une unité artificielle mal adaptée ; chaque morceau aurait mérité un traitement particulier, une sonorité spécifique (Pet Sounds…) ; ensuite, certains choix s’avèrent catastrophiques (la batterie mixée en avant d’Eddie Bayers qui ruine de nombreux morceaux ; des interventions instrumentales d’une grande platitude quand elles ne sont pas simplement de mauvais goût : la guitare sur Dream Angel, par exemple). Brian était un arrangeur méticuleux dont les choix surprenaient : ici, rien n’est surprenant, tout est convenu.

Parmi les 11 titres, 7 sont des originaux complets, certains (Where Has Love Been ?, Dream Angel, Sunshine) lorgnent trop vers la « formule » des années Capitol, comme si Brian voulait absolument revenir 35 ans en arrière et avait pris au pied de la lettre la consigne contenue dans Your Imagination (I take a trip through the past), ce qu’illustre d’ailleurs la photo choisie pour le verso de la pochette, qui ne date évidemment pas de 1998 ; d’autres, Your Imagination, South American (le Kokomo de Brian), Cry et Lay Down Burden sont des bons titres, malgré le handicap de la production7.
Les 4 autres titres ont deux origines : des reprises des Beach Boys années 64-65 (les années visées par Brian), l’une de Shut Down volume 2 (Keep An Eye On Summer), l’autre de Summer Days (Let Him Run Wild). Evidemment, ces deux reprises n’atteignent pas les originaux.
Quant aux deux derniers, ils ont des origines diverses : She Says That She Needs Me a connu plusieurs incarnations avant celle-ci. Prévu pour l’album Summer Days, justement, le titre intitulé à l’époque Sandy8 restera inachevé (les lyrics manquent puisque seul le refrain est enregistré), et reparaîtra en 1976 en vue de l’album Love You sous le titre Sherry, She Needs Me (avec lyrics et quelques ajouts instrumentaux, notamment les saxophones pour créer un wall of sound très spectorien) : il ne sera pas publié non plus et connaîtra une parution officielle en 2013 sur le coffret Made In California9. La version d’Imagination est très différente, par le titre, par les nouveaux lyrics dus à Carole Bayer Sager et par l’arrangement qui laisse de côté tout ce que le backing track original mettait en avant (la mélodie jouée à la basse, simplement accompagnée d’une guitare et de nappes d’orgue). Dans la version Wilson/Thomas, la basse et l’orgue ont disparu au profit des clarinettes et des violons : l’effet est nettement moins saisissant ! Si l’on y ajoute l’insupportable partie d’Eddie Bayers (n’est pas Hal Blaine qui veut), on aura compris que cette version, même complète, est loin de faire oublier les sessions de 1965. La même remarque peut s’appliquer au traitement « moderne » appliqué à Let Him Run Wild.Le dernier titre de l’album est une sorte de Rio Grande en miniature (2 parties, 4’50), illustrant la confiance et le bonheur retrouvé que l’ensemble de l’album doit proclamer. La partie sombre (dark days) qui ouvre le titre, recycle un étrange morceau enregistré pour Halloween au début des années 7010 (My Solution11) et l’impact, même aseptisé, reste saisissant. La simplicité des paroles (Happy Days are here again / The sky is blue and clear again) est au service d’un des meilleurs morceaux du disque qui, pour une fois, n’est pas trop saccagé par la production.

Reste le chant : Imagination est un album dans lequel Brian s’est chargé de l’ensemble des vocaux (à l’exception de South American où il est accompagné par le cosignataire du titre, Jimmy Buffett). Là encore, un constat : tous les chœurs semblent interchangeables, à l’image des arrangements, et semblent tous provenir du One For The Boys du premier album. Deux titres, d’ailleurs, ont été enregistrés a cappella : Your Imagination12 et South American13 et illustrent ce manque d’inspiration.

Que conclure sinon qu’Imagination fut un rendez-vous manqué mais pouvait-il en être autrement avec de telles prémisses ? L’album ne fut publié qu’en CD avant qu’une version en 5.1 ne fasse surface. On peut regretter qu’une édition vinyle n’ait jamais été commercialisée (elle aurait sans doute atténué quelque peu les effets pervers de la production) mais cela est révélateur du marché qui était visé. Là aussi, déception : l’album n’aura pas le succès escompté.

1. « He does most of the singing in every track » (Paul Williams, Brian Wilson and the Beach Boys, Omnibus Press, 2003, page 188)
2. Lire au sujet de cet album la chronique très détaillée de Fadi
3. Catch A Wave, Rodale, 2006
4. « I want to make songs that I can hear on the radio » (Carlin, page 291)
5. Voir à ce sujet le livre de Stephen Mc Partland, The Wilson Project, Berlot, 2012 et l’entretien d’Andy Paley avec Domenic Priore, « What It’s Really Like to Collaborate with Brian Wilson, Today ! » (repris dans Back to The Beach, Helter Skelter, 2003, pages 227-228)
6. Carlin, page 292
7. Pour Lay Down Burden, écrit en hommage à Carl Wilson qui venait de décéder, et auquel l’ensemble de l’album est dédié, on peut écouter une bien meilleure version sur Live at The Roxy, Brimel, 2000
8. Voir le bootleg Sea Of Tunes, Unsurpassed Masters, vol 9, disque 1
9. Capitol, disque 6
10. Brad Elliott le décrit comme « a Monster Mash-like number, about a mad scientist’s laboratory experiment » (Surf’s Up !, Pierian Press, 1982, page 283)
11. Disponible sur de nombreux bootlegs : par exemple, Landlocked, the unreleased 1970 album & more, Odeon ou Long Lost Surf Songs volume 3, Silver Rarities
12. Disponible sur le cd single paru à l’époque
13. Sur le bootleg Rarities volume 15 (Dumb Angel).

Titres

  • Your Imagination
    (Brian Wilson - Joe Thomas - S.R. Dahl)
  • She Says That She Needs Me
    (Brian Wilson - Russ Titelman - Carole Bayer Sager)
  • South American
    (Brian Wilson - Joe Thomas - Jimmy Buffett)
  • Where Has Love Been
    (Brian Wilson - Andy Paley - J.D. Southern)
  • Keep An Eye On Summer
    (Brian Wilson - Bob Norman)
  • Dream Angel
    (Brian Wilson - Joe Thomas - Jim Peterik)
  • Cry
    (Brian Wilson)
  • Lay Down Burden
    (Brian Wilson - Joe Thomas)
  • Let Him Run WIld
    (Brian Wilson - Mike Love)
  • Sunshine
    (Brian Wilson - Joe Thomas)
  • Happy Days
    (Brian Wilson)

Produced by Brian Wilson and Joe Thomas

Editions originales
(US) Giant - 9 24703 2 - 06/1998 ❬cd❭
(UE) Giant BMG - 74321 57303 2 - 06/1998 ❬cd❭

Albums

Brian Wilson (1988)

Brian Wilson

I Just Wasn't Made For These Times (1995)

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Orange Crate Art (1995)
with Van Dyke Parks

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Imagination (1998)

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