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In The Key Of Disney (2011)

Après des années de silence puis un retour très progressif sur scène et sur disque, Brian Wilson sort maintenant à peu près un disque par an. Cette régularité louable débouche souvent, chez l'auditeur, sur une déception plus ou moins grande et sur un désintérêt de plus en plus affirmé. L'oeuvre de l'homme dont on attendait il y a encore 20 ans le moindre frémissement ne suscite plus aujourd'hui qu'un respect poli et qu'un ennui fréquent. C'est que cette production cache souvent un manque d'inspiration évident et un recyclage habile de gimmicks wilsoniens, usés jusqu'à la corde. Ainsi, la série des albums de reprises (Noël puis Gershwin, aujourd'hui Disney) ou That Lucky Old Sun, anthologie, plutôt réussie d'ailleurs, des productions et des arrangements « à la Wilson ».

Aussi est-ce avec une totale indifférence que l'on apprit que le Maître avait décidé de rendre hommage à Disney, comme il l'avait (mal) fait l'année dernière en revisitant mollement (plutôt qu'en re-imaginant comme l'annonçait pompeusement le titre) Gershwin. Et l'on est allé jeter une oreille distraite sur le produit final. Eh bien : on avait tort.
Ce n'est évidemment pas du côté de Pet Sounds, Smile, Love You ni même du premier album solo de 1988 qu'il faut situer cet hommage à Disney ; Brian ne joue définitivement plus dans cette catégorie. Mais, à plusieurs reprises, l'auditeur que je suis fut tiré d'une torpeur qu'il imaginait insurmontable et fut même agréablement surpris par plusieurs titres. J'en retiendrai 6 sur les 11 d'un album qui peine à atteindre les 38 minutes. C'est évidemment fort peu : 20 minutes de Wilson à peu près correctes, cela en dit long sur l'état du bonhomme et sur le mauvais goût de ceux qui l'entourent.

Commençons justement par les points faibles : le choix des titres retenus est plus qu'étonnant : 2 extraits de Toy Story, 2 du Roi Lion dont les BO ne brillaient pas par une originalité confondante. On ne sera pas surpris de trouver là les titres les plus faibles du disque : arrangements convenus, interprétation très moyenne, Brian devant souvent hurler dans les passages les plus enlevés, ce qui est devenu chez lui une nouvelle méthode de chant (qu'on se souvienne par exemple de Soul Searchin' sur Gettin' In Over My Head). Mais ce sont sans doute des valeurs sûres outre-Atlantique, d'où leur présence ici, au détriment par exemple de Someday My Prince Will Come, l'une des plus belles chansons du catalogue, dont Miles Davis avait fait un chef-d'oeuvre en 1961, et qu'on n'entendra donc pas sur l'album.
Ensuite, les choeurs : j'avoue ne pas supporter les choeurs « à la manière des Boys » de l'équipe de Brian et ils gâchent une bonne partie des titres.
J'élimine encore Kiss the Girl, malgré son arrangement spectorien (au hasard Uptown et Be My Baby) mais qui ressemble trop à une deuxième prise du déjà insupportable Mexican Girl surThat Lucky Old Sun, et qui est surtout introduit par un chorus de saxophone « à la Sanborn » aussi hors-sujet que les interventions de Clapton qui ponctuaient City Blues dans Gettin' In Over My Head.

Il reste essentiellement des ballades dans lesquelles Brian réussit mieux : n'ayant pas besoin de forcer sa voix ou ce qu'il en reste - il parvient même à être émouvant, malgré le côté un peu synthétique parfois de son organe : Stay Awake, Baby Mine, When You Wish Upon A Star (on comprendra d'où venait le titre And Your Dreams Come True de Summer Days qui ouvrait les concerts de Brian en 2004) et surtout Colors Of The Wind (une réussite et une réelle plus-value par rapport à l'horrible titre original) procurent de réels frissons ; c'est même le cas pour Can You Feel The Love Tonight, extrait du Roi Lion.

Deux titres font la part belle aux percussions et lorgnent du côté de Smile (Look) et de la Woddy Woodpecker Symphony (Smiley Smile) : il s'agit de la chanson de Balou dans Le Livre de la Jungle, Bare Necessities, plus connu chez nous sous le titre de Il en faut peu pour être heureux et Heigh-Ho, la chanson des Sept Nains de retour du boulot : c'est rythmé, sympathique, ça se fredonne volontiers, mais je ne suis pas convaincu que ces versions wilsoniennes ajoutent, elles, une plus-value suffisante aux titres originaux.

C'est d'ailleurs une des questions que l'on peut se poser et qui se posait déjà l'année dernière avec Gershwin : ces reprises deviendront-elles des versions incontournables des titres choisis ? Très franchement et à l'exception de Colors Of The Wind, je ne crois pas, mais, l'essentiel n'est pas là: c'est un adieu progressif que Brian effectue depuis plusieurs années, en revisitant sa jeunesse (That Lucky Old Sun) et les musiques qui l'ont bercée (What I Really Want For Christmas ?, Reimagines Gershwin, In The Key Of Disney) et qui ont formé son goût (à quand un hommage aux Four Freshmen ?). Car, l'une des surprises de ce disque, c'est de nous faire entendre l'influence de la musique des cartoons de Disney sur Brian et donc sur les Beach Boys; c'était évident pour Gershwin, ça l'était moins pour Disney : ce disque nous le rappelle opportunément.

"Comme tout gamin en Amérique, j'ai grandi en aimant Disney, tout spécialement ses dessins animés classiques. Les chansons de ces chefs d'oeuvre ont fait partie de mon éducation musicale. Aujourd'hui, j'aime regarder les films de Disney avec mes enfants et petits-enfants. C'est amusant de les regarder découvrir la magie des histoires, des personnes et de la musique. J'ai fait cet album pour eux, autant que pour moi et mes fans" a déclaré Brian Wilson à David Beard sur le site examiner.com.

Brian Wilson ajoute :"J'ai essayé de rendre justice à ces chansons. Elles se marient parfaitement avec le son des Beach Boys".

Dans la presse française

Rock First n°4, décembre 2011, chronique (Romuald Ollivier)

Titres

  • You've Got A Friend In Me
    (Randy Newman)
  • The Bare Necessities
    (Terry Gilkyson)
  • Baby Mine
    (Franck Churchill - Ned Washington)
  • Kiss The Girl
    (Alan Menken - Howard Ashman)
  • Colors Of The Wind
    (Alan Menken - Stephen Schwartz)
  • Can You Feel The Love Tonight
    (Elton John - Tim Rice)
  • We Belong Together
    (Randy Newman)
  • I Just Can't Wait To Be King
    (Elton John - Tim Rice)
  • Stay Awake
    (Richard M. Sherman - Robert B. Sherman)
  • Heigh-Ho/Whistle While You Work/Yo Ho (A Pirate's Life For Me)
    (Franck Churchill - Larry Morey)
  • When You Wish Upon A Star
    (Leigh Harline - Ned Washington)

Bonus Tracks :

  • A Dream Is A Wish Your Heart Makes*
    (Al Hoffman - Mack David - Jerry Livingston)
  • Peace On Earth●
    (Peggy Lee - Sonny Burke)

* cd & mp3 exclusifs Amazon US
● mp3 exclusif Amazon US

Produced by Brian Wilson

Editions originales
(US) Walt Disney Records D001464702 - 25/10/2011 ❬cd❭
(UE) Walt Disney Records EMI 5099967988921 - 28/10/2011 ❬cd❭

Albums

Brian Wilson (1988)

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I Just Wasn't Made For These Times (1995)

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Orange Crate Art (1995)
with Van Dyke Parks

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Live At The Roxy (2000)

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Pet Sounds Live (2002)

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What I Really Want For Christmas (2005)

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Reimagines Gershwin (2010)

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