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15 Big Ones (1976)

L'opération "Brian’s back" a pour but de redonner de la crédibilité aux Beach Boys auprès du public, comme auprès des maisons de disques, en organisant un énorme battage publicitaire sur le retour de Brian Wilson comme membre actif du groupe. Elle se traduit par la sortie de deux albums : 15 Big Ones en 1976 et LoveYou en 1977.

Au début de 1976, les Beach Boys se trouvent dans une situation assez paradoxale : ils n'ont rien sorti de neuf depuis trois années et pourtant ils viennent de connaître un regain de popularité inespéré. Leur dernier album studio original, Holland (1972), a été bien reçu par la presse spécialisée mais n'a pas eu le succès commercial escompté. Parallèlement, les Beach Boys connaissent de multiples difficultés personnelles ou financières. La sortie d'un double album live, In Concert (1973), leur permet de réaliser le coup classique qui consiste à réutiliser pour un nouveau label, Warner/Reprise en l'occurrence, les tubes qui appartiennent au label précédent (Capitol). Cet album, qui est une réussite, est aussi un bon témoignage de ce que donnaient les concerts des Beach Boys lorsqu'ils s'étaient adjoints Blondie Chaplin et Ricky Fataar. Mais il ne connaît pas non plus un grand succès (l'absence d'informations suffisamment précises sur la pochette aurait-elle joué un rôle ?) et sort au moment où les Beach Boys semblent ne pas savoir où aller. Blondie Chaplin quitte alors le groupe.
Cependant, la sortie de cet album live a peut-être donné l'idée à Capitol de puiser dans le catalogue des Beach Boys pour sortir en 1974 un double album intitulé Endless Summer qui casse la baraque. Jamais depuis 1966, un album des Beach Boys n'avait connu un tel succès. Ce retour en grâce provoque une série de rééditions de la part de Reprise alors que Capitol réussit à doubler la mise avec une nouvelle compilation de 23 morceaux, Spirit of America (1975), qui devient disque de platine comme son prédécesseur « Endless Summer ».

Les Beach Boys connaissent alors une sorte de succès nostalgique dont le concert donné au stade de Wembley à Londres devant plus de 70 000 personnes est une bonne illustration. Ce jour de juillet 1975, le temps est magnifique pour un concert en plein air. La vedette est Elton John, les Beach Boys sont en deuxième position sur l'affiche devant les Eagles entre autres. L'assistance s'aperçoit qu'elle connait par cœur tous les vieux tubes égrenés par les Beach Boys et les reprend en chœur. Quand Elton John arrive sur scène, il se lance dans les nouveaux morceaux de son dernier album que le public ne connait pas. Résultat : un quasi flop et le retour sur scène des Beach Boys en compagnie d'Elton John !
Que faire d'un tel succès ? Réponse : deux albums dont la production est confiée à Brian Wilson.
Brian Wilson suit alors sa première thérapie sous la houlette d’Eugène Landy. Après avoir atteint un sommet pondéral impressionnant, il perd du poids et retrouve peu à peu la forme au moyen d'un régime draconien et d'une intense activité physique. Landy le soumet aussi à des séances pendant lesquelles il se remet à écrire des chansons. Il lui reste à retrouver la solidité mentale, le chemin des studios et la compagnie de ses vieux acolytes. C'est là l'objet de l'enregistrement d'un nouvel album au cours du premier semestre 1976 : 15 Big Ones.

Un retour aux sources ?

Le titre de l'album renvoie à la fois aux quinze plages qu'il recèle et aux quinze années d'existence du groupe.L'album célèbre les retrouvailles de la formation d'origine qui a connu les plus grands succès. C'est en effet la première fois depuis dix ans, soit depuis Pet Sounds, que seuls les cinq Beach Boys originaux figurent sur la pochette et que reparaît la mention "produced by Brian Wilson". Il n'y a pas que Brian qui est de retour. Il s'agit bien de tenter de renouer avec l'âge d'or des années 1961-1966.
La pochette, due à Dean Torrence, n'est guère réussie, pour ne pas dire qu'elle est carrément ringarde : les Beach Boys, photographiés individuellement style "photo d'identité du premier de la classe", ne sont pas vraiment dans le coup quand on les compare à la dégaine des autres groupes de l'époque. Cependant, la conception de la pochette répond exactement au but de l'opération "Brian’s Back" : rétablir l'image et la notoriété du groupe. Au recto donc, on retrouve le groupe original ressoudé : les cinq Beach Boys, avec Brian au centre, apparaissent chacun dans l'un des cinq anneaux olympiques liés solidement les uns aux autres.
Au dos, des détails très précis sont fournis sur les participants de l'enregistrement de chaque morceau. En revanche, il n'y a pas les paroles. On peut remarquer dans la liste des musiciens, le retour de Dennis Wilson à la batterie. Tous les membres du groupe participent comme chanteur ou comme instrumentiste à tous les morceaux. Comme par le passé, le lead vocal revient principalement à Mike (cinq dont un avec Al jardine) mais aussi à Brian (quatre dont un avec Carl), contre deux à Al jardine et Carl et un pour Dennis. Had To Phone Ya est interprétée par les cinq ensemble. Tous assurent la plupart des background vocals, parfois avec l'aide de Marilyn Wilson. Bref, c'est bien une œuvre collective.
Quand on ouvre l'album, on découvre une mosaïque de photos qui retrace la vie et la carrière du groupe. Pêle-mêle, on trouve des clichés de concerts de diverses époques, des photos de famille (dont une photo de Murry Wilson), des images rappelant le milieu musical d'origine (carte du fan club de Jan and Dean), une série de tickets de concerts et des enseignes d'hôtels européens, Brian brandissant le disque de platine de Endless Summer. On peut noter la présence de deux anciens membres du groupe : Glen Campbell et Bruce Johnston. En revanche, il n'y a nulle trace de Blondie Chaplin et de Ricky Fataar, comme s'il s'agissait de tourner la page du début des années soixante-dix et de se placer résolument dans l'héritage des années soixante.

Et la musique ?

Ce qui frappe d'entrée, c'est le grand nombre de reprises : huit morceaux sur quinze. A quoi il faut ajouter deux chansons déjà anciennes qui émergent ici: It's OK et Susie Cincinnati. Cette dernière, écrite par Al Jardine, est même déjà apparue en B-side d'un single américain issu de Sunflower en 1970. Il ne reste donc que cinq réelles nouveautés parmi lesquelles on ne compte que deux chansons écrites par Brian Wilson seul (deux autres sont co-écrites par Brian et Mike Love, la dernière est de Mike Love seul). C'est un peu maigre en regard de la publicité organisée pour le retour du "genius" au sein du groupe.
Depuis leurs débuts, les Beach Boys ont souvent inséré des reprises sur leurs disques. Sur les tout premiers albums, on trouve des standards de la surf music (dont par exemple Mirsilou de Dick Dale sur l'album Surfin' USA remis au goût du jour par Tarentino dans Pulp Fiction), ou des morceaux traditionnels mis à la sauce surf, dont la reprise permet de compléter des albums qui sortent à la chaîne. D'autre part, Brian aime reprendre certains de ses morceaux favoris qui l'ont le plus marqué. Il se les réapproprie en les arrangeant à sa façon. C'est le cas de I'm So Young des Ronettes ou de Do You Wanna Dance de Bobby Freeman. En revanche, pour Hushabye, il reste fidèle à la version originale des Mystics (1959). On retrouve évidemment des reprises sur l'album de Noël, sur le live de 1964 et surtout sur Beach Boys Party ! (1965). Fait rare, dans Party !, Brian n'inclut pas moins de trois morceaux des Beatles qu'il considère comme les rivaux directs des Beach Boys. Enfin, il arrive que les Beach Boys détournent un classique. Student Demonstration Time (Surf's Up, 1971) est une adaptation de Riot in Cell Block #9 de Leiber et Stoler. Surtout, leur premier hit national, Surfin' USA (1963), n'est autre que Sweet Little Sixteen de Chuck Berry.
C'est justement avec une reprise de Chuck Berry que s'ouvre 15 Big Ones : Rock And Roll Music. Le grand nombre de reprises présentes sur cet album a été voulu par Brian Wilson afin qu'il retrouve ses marques en enregistrant des morceaux familiers plutôt que de se lancer dans l'inconnu. Le retour au studio lui semble être une étape suffisamment difficile à accomplir. A Dennis Wilson qui lui demande des nouvelles chansons, il répond qu'il est plus à l'aise avec des "oldies". Quant à Carl et Mike, tout ce qu'ils demandent c'est un hit. Ce sera chose faite avec Rock And Roll Music qui grimpera à la cinquième place des charts, ce qui n'était pas arrivé aux Beach Boys depuis Good Vibrations. La version qu'ils donnent de Rock And Roll Music est assez lente (en comparaison notamment de celle des Beatles) : le quatrième couplet de la version originale de 1958 est d'ailleurs coupé.
Hormis Chuck Berry, on retrouve une autre idole de Brian : Phil Spector. C'est en 1964 que les Dixie Cups décrochent la timbale avec Chapel Of Love (n°1 U.S.) co-écrite par Spector, Ellie Greenwich et Jeff Barry, auteurs d'une longue série de tubes. C'est avec un autre couple prolifique, Gerry Goffin et Carole King que Spector a écrit Just Once In My Life qui a été créée par les Righteous Brothers en 1965. A Casual Look est le premier succès des Six Teens, groupe vocal de teenagers lancé en 1956. In The Still Of The Night de Fred Parris est aussi le premier single des Five Satins sorti en 1954. Ces quatre chansons ont pour point commun d'avoir été interprétées par des groupes intégralement vocaux. Ce sont justement des groupes vocaux qui ont fortement influencé le jeune Brian Wilson qui s'est formé en s'efforçant sans relâche de reproduire au piano et d'harmoniser ses morceaux favoris.
Restent Talk To Me chanté par Little Willie John en 1958, Palisades Parks que Chuck Barris a écrit pour Freddy Cannon (1962) et Blueberry Hill, qu'à peu près tous les plus célèbres artistes de rock ont mis un jour ou l'autre à leur répertoire (Jerry Lee Lewis et Little Richard par exemple), mais dont la version la plus connue demeure celle de Fats Domino (1956).
Au total donc huit titres dont la création de référence se situe entre 1954 et 1965. Il s'agit bien d'un retour aux sources. Les Beach Boys, devenus un groupe quasi revival depuis 1974 avec la formule chère à Mike Love, se paient le luxe de reprendre des titres de leurs aînés des fifties et de leurs pairs du début des sixties. A mon sens, les meilleures reprises sont Palisades Park qui ouvre la deuxième face et surtout Just Once In My Life qui clôt superbement l'album. Le lead vocal assuré par Carl sur ces deux chansons (avec Brian pour Just Once...) y est peut-être pour quelque chose. L'arrangement de Just Once In My Life est particulièrement réussi : l'intro qui démarre directement sur le chant de Carl, les chœurs dans la pure tradition wilsonienne qui survolent la voix apaisée de Carl dans le pont, et les claviers dont l'emploi annonce celui qui en sera fait massivement dans Love You. Les autres morceaux ronronnent un peu (surtout Rock And Roll Music et Blueberry Hill). Mais c'est une affaire de goût.
Et les chansons originales ? It's OK, probablement le morceau le plus fort et le plus proche de l'esprit "fun" des années 62-65, a été sorti en single. Back Home et Had To Phone Ya dont le thème est voisin (la nostalgie de la maison et de la famille) ainsi que Susie Cincinnati sont honnêtes. That Same Song est plutôt faible et TM Song est une pochade. Pour apprécier Everyone's In Love With You, il faut être "in love" avec ce qu'écrit Mike Love.

Is Brian really back ?

Quel bilan ? Au niveau commercial, c'est plutôt une réussite puisque Rock And Roll Music cartonne dans les charts et l'album entre dans le top ten. Sur l'aspect artistique, c'est assez décevant : trop de reprises un peu plan plan. Qu'en est-il de l'inspiration de Brian et de son savoir faire aux manettes de la table de mixage ? Il faudra attendre Love You pour en avoir une idée plus précise. Enfin, en ce qui concerne la cohésion du groupe, derrière la belle façade, les conflits perdurent. Les tensions entre les membres du groupe et Landy s'accroissent : malgré des résultats plutôt positifs puisque Brian est revenu de loin, Landy est accusé d'avoir une emprise trop grande sur ce dernier, sans parler des honoraires assez astronomiques qu'il reçoit.
Pour Brian, est-ce vraiment le retour ? Dans son autobiographie rédigée avec Todd Gold, le chapitre (intitulé « My first christmas » ) concernant la période qui sépare les deux albums de 1976 et de 1977 s'ouvre ainsi :
« Brian is back. I still wasn't clear where I'd been. What did "Brian is back" mean ?
It meant the guys all talked about me in interviews after the 15 Big Ones was released in July. It meant I sat through uninspired stage appearances that same month in Anaheim and Oakland, my first live performances in seven years. [...] It almost seemed like old times. With the boys on the road, I went back to the studio, where I started work on the next album, working with Dr. Landy and continuing to show improvement under the twenty- four-hour therapy program »
.
Steve Love pousse les feux et réclame un album pour le 1er janvier 1977, le dernier dû à Warner, afin de négocier un nouveau contrat en bonne position.Cet album, The Beach Boys Love You, sera le second étage de la fusée "Brian’s Back", et cette fois, il s'agira d'un album exclusivement constitué de nouvelles chansons écrites et produites par Brian Wilson.

Presse française

Best n° 98, septembre 1976, chronique (Sacha Reins)
Rock & Folk n°116, septembre 1976, chronique (François Ducray)

Titres

  • Rock And Roll Music
    (C. Berry)
  • It's Ok
    (B. Wilson - M. Love)
  • Had To Phone Ya
    (B. Wilson - M. Love)
  • Chapel Of Love
    (P. Spector - J. Barry - E. Greenwich)
  • Everyone's In Love With You
    (M. Love)
  • Talk To Me
    (J. Seneca)
  • That Same Song
    (B. Wilson - M. Love)
  • T M Song
    (B. Wilson)
  • Palisades Park
    (C. Barris)
  • Susie Cincinnati
    (A. Jardine)
  • A Casual Look
    (E. Wells)
  • Blueberry Hill
    (A. Lewis - L. Stock - V. Rose)
  • Back Home
    (B. Wilson - B. Norberg)
  • In The Still Of The Night
    (F. Parris)
  • Just Once In My Life
    (P. Spector - G. Goffin - C. King)

Produced by Brian Wilson

Editions originales
Brother Reprise MS 2251 - 05/07/1976 (Chart #8) (US)
Reprise K54079 - 05/07/1976 (Chart #31) (GB)
Reprise 54079 - 1977 (FR)

Edition française

1976 - Reprise-Warner Bros. / WEA Filipacchi Music - 54 079

publicité 15 Big Ones Publicité - Best n°99, octobre 1976

Albums 1976 - 1980

15 Big Ones (1976)

15 Big ones

Love You (1977)

Love You

M.I.U. Album (1978)

M.I.U. Album

L.A. (Light Album) (1979)

Light Album

Keepin' The Summer Alive (1980)

Keepin' The Summer Alive

Live At Knebworth 1980 (2002)

Knebworth 1980